Aux fenêtres, aujourd'hui, en plus des petites fleurs du printemps, il y a une multitude de petits drapeaux, autant de petites étoiles bleues qui dansent.
D'une manière générale, je n'aime pas les drapeaux. Ils ont un côté pipi de chat qui m'insupporte. Sans compter que leur petit air propre et géométrique reflète bien peu souvent l'état d'esprit de ceux qui les brandissent.
Mais là, personne ne brandit rien. Personne n'a nulle envie d'en découdre avec personne. Ici, la fête d'indépendance ne s'accompagne d'aucun défilé de char, d'aucune parade militaire ou autre connerie du genre. Les militaires, ils se sont réunis hier. Mais ce n'était pas pour dire on est les plus beaux, on est les plus forts. C'était pour pleurer nos morts. Journée du souvenir de nos enfants tombés en uniforme pour que continuent de fleurir nos printemps. Ici, une fois l'an au moins, les militaires se lamentent sur l'horreur de la guerre et la dérision des combats. Sur l'immense douleur des conflits et la souffrance qu'ils engendrent. Au jour du souvenir, les militaires regardent s'élever les flammes de la mémoire et leus poitrines se gonflent de chagrin.
Le lendemain, jour de la fête d'indépendance, c'est pique-nique général. Tout le monde se réunit au fond des bois, des familles entières au coeur des fôrets, partie de pétanque dans les vertes plaines de Galilée, journée buccolique et douce s'il en est. Avec les petits drapeaux aux balcons qui ne sont là que pour chanter qu'on est vivants et qu'on veut continuer à pique-niquer dans les fleurs et que nos enfants aussi, traditionnellement y emmènent leurs enfants et les petits enfants de leurs enfants.
Hier soir quand je suis rentrée à la maison, juste après m'être garée, j'ai levé les yeux vers une voix qui chantonnait au dessus de moi. Sur sa terrasse, un voisin très charmant piquait gaiment son drapeau dans un pot de géranium. Il m'a souri.