Ce qui est bien, c'est qu'on peut toujours faire pire.
Ce matin. Le taxi vient prendre une choupette morose pour la déposer à son école.
Moi, j'appelle mon petit garagiste de Neve Tsedek qui m'oriente vers un dépanneur de ses amis. Le shahar souffle. Le shahar, c'est un vent chaud du désert. Température annoncée, 40.
La panne est enfin éclaircie. C'est une panne d'essence, l'indicateur ne marche plus. C'était que ça, tu t'en sors bien.
Ah bon ? Moi, ça me donne plutôt envie de pleurer.
Il est prévu après l'école que ma douce dorme chez une copine, ce qui me permettra de me rendre tranquille à mon cours particulier du soir avec une maman de l'école qui habite juste à côté de mon petit élève, tout bien.
Sauf que la copine de choupette se désiste, sa maman, ça ne l'arrange pas ce soir.
Mince, avec tout ça, moi, j'ai refusé à une autre copine, murmure ma fille.
Une maman qui nous entend propose, tu veux venir chez moi ?
Choupette me regarde d'un air suppliant.
Ok. Taxi. Je l'attends avec toi, tout va bien.
Choupette est partie, je me retrouve seule devant l'école. Tout le monde s'en est allé et j'ai oublié de brancher ma petite maman voisine d'élève.
Tant pis. Autobus. J'arrive pile poil à l'heure. Le cours s'éternise. 7 heure 30. Retour. Mon élève habite à 100 m de la maison de l'amie de mon fils. Qui m'a gentiment expliqué où quand comment prendre la correspondance pour la maison. Je m'endors dans le shirout et me réveille à Petah Tikva.
Il aurait fallu prendre celui d'en face, vous comprenez ?
21 heure 40. J'arrive à la maison dans un état... Dans un état.
Ma fille me tombe dessus. C'est maintenant que tu arrives, je te rappelle qu'on a un devoir de maths. Tout en faisant la vaisselle, je réponds plaintivement, je suis si fatiguée. Mes deux ados ricanent.
Et nous donc.
La tension monte. Vous auriez peut-être pu faire à manger, vous n'avez pas vu l'heure ?
Réponse de merde qui ne mérite même pas d'être écrite, et là, je ne sais pas ce qui me prend, mais je prends la pile d'assiettes que j'étais en train de laver et je la jette par terre.
Drame.
Je vide mon sac en hurlant, et je veux qu'on s'occupe de moi, et je veux qu'on s'inquiète de moi, et je veux qu'on m'aime et personne ne m'aime et une quantité d'âneries qui dépassent l'entendement et mes forces, mais non, j'en ai en réserves et je hurle de plus en plus fort, je n'oserai plus jamais quand je les croiserai dans l'escalier regarder les voisins en face.
Ridiculissime.